Le média kosovar Koha.net consacre un long papier à la série de vols commis entre le printemps et l’automne 2025 par deux hommes dans 29 églises de six départements du nord de la France. Quelques extraits :
“Il y a des siècles, les habitants de Burelles avaient transformé leur église en une sorte de forteresse, l’équipant d’un mur d’enceinte, d’une salle sécurisée et d’étroites tourelles pour archers, afin de se protéger des troupes de pillards qui écumaient autrefois la région. Cependant, toutes ces défenses érigées au fil des siècles ne purent arrêter deux voleurs qui dévalisèrent l’église catholique romaine un dimanche de juillet, avant 19 heures”.
Le même jour, les mêmes voleurs dérobèrent un autre calice dans l’église de Vervins, un autre village situé sur cette route du nord de la France. Le lendemain, ils s’attaquèrent à l’église de Marle, un village voisin, où ils forcèrent le tabernacle et volèrent un autre calice richement orné.
Il s’agissait là de trois des 29 églises du nord de la France qui, selon une décision de justice, ont été ciblées l’été dernier par Raphael H, 35 ans, et, dans presque tous les cas sauf un, par son partenaire romantique, Tony P, 30 ans. Le couple, qui a admis la plupart des accusations portées contre lui, était même entré deux fois dans la même église, à cinq semaines d’intervalle”
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Cette série inhabituelle de vols, qui dura environ trois mois, contribua à l’inquiétude croissante en France, où l’idée se répandait que le pays ne serait plus en mesure de protéger son patrimoine culturel. Ces événements survinrent à un moment où la sécurité des musées, des églises et des galeries d’art, tant à Paris que dans d’autres villes et zones rurales reculées, était constamment défaillante.
Le vol le plus audacieux a eu lieu en octobre dernier, lorsqu’un autre groupe de voleurs est parvenu à pénétrer dans le musée du Louvre en plein jour et à s’emparer des joyaux de la couronne royale, d’une valeur de plus de 100 millions de dollars“.
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Globalement, ces vols ont suscité de nombreux débats sur l’insuffisance des budgets et l’obsolescence des infrastructures de sécurité. Les cambriolages dans des églises rurales isolées ont également ravivé une vieille blessure dans ce que les Français appellent la « France profonde » – ces régions rurales reculées où les habitants se sentent oubliés de la société, de l’État et de la modernité.
Historiquement, presque tous les villages français se sont construits autour d’une église. Aujourd’hui encore, l’église du village continue de représenter l’histoire et l’identité de la communauté, même si le nombre de fidèles fréquentant régulièrement les offices a considérablement diminué et que nombre de ces églises ne sont ouvertes que rarement.
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L’église Saint-Martin de Burelles est devenue un élément encore plus important de l’identité du village depuis la fermeture de la seule auberge et du dernier café. Des habitants bénévoles veillent constamment à son entretien, ce qui lui permet de rester ouverte plus longtemps que la plupart des autres églises des environs. Le village y organise également régulièrement des concerts.
« L’église est le cœur du village. Elle fait notre fierté », a déclaré Damien Yverneau, le maire du village. « Il ne nous reste plus rien d’autre. »
Il a ensuite ajouté : « Les jeunes partent poursuivre leurs études et ne reviennent jamais. »
Pour lutter contre les vols d’églises, la police a renforcé ses patrouilles dans le secteur. Cependant, étant donné que la région de l’Aisne compte à elle seule environ 800 églises, il est évident que la superficie qu’il est possible de couvrir et de contrôler efficacement est limitée.
La plupart de ces églises sont très rarement ouvertes, généralement seulement pour les funérailles ou les baptêmes. Les messes régulières n’y sont célébrées que quelques fois par an, car il est courant qu’un prêtre soit responsable de jusqu’à 50 églises simultanément.
Cela signifie que, dans certains cas, plusieurs jours peuvent s’être écoulés avant que les vols ne soient découverts, ce qui rend très difficile de déterminer l’heure exacte des vols et d’identifier les témoins potentiels, explique Fanny Anor, la préfète de l’Aisnes, qui supervise la police locale“.