Le journal italien la Nuova Bussola a consacré un long article à l’agression d’une religieuse française, chercheuse, le 28 avril dernier, par un jeune sioniste. Si, au vu du tollé international et de la réaction pour une fois unanime des institutions religieuses et françaises, les autorités israéliennes ont réagi assez rapidement et ont arrêté l’agresseur, il ne s’agit pas du tout d’un fait isolé, mais d’un contexte qui pousse les chrétiens à vivre dans la peur, voire de quitter Jérusalem et la Terre Sainte. Extraits :
Le harcèlement, les crachats, les insultes et les bousculades sont devenus monnaie courante, touchant particulièrement les figures religieuses, reconnaissables à leurs habits. Les frères et les religieuses témoignent être fréquemment pris pour cibles, dans un contexte où même le simple fait de marcher dans les rues de la ville est devenu extrêmement risqué. « Mort aux chrétiens », « Partez », « Ceci n’est pas votre terre » : des slogans apparaissent sur les murs et se répètent aux côtés d’autres inscriptions exprimant une hostilité manifeste envers la présence chrétienne.
À ces incidents s’ajoutent des actes plus graves : vandalisme contre les églises, profanation de monastères et de cimetières, et dégradation de symboles religieux. Le tableau qui se dessine n’est plus celui d’incidents isolés et sans lien entre eux, mais celui d’une série d’attaques qui prennent les caractéristiques d’un schéma plus large. Les données disponibles indiquent une augmentation : en 2025, 155 incidents contre des chrétiens et des institutions chrétiennes ont été recensés, contre 111 l’année précédente. Les agressions physiques représentent le principal motif avec 61 cas, suivies des attaques contre les biens de l’église (52 épisodes), du harcèlement (28) et de la dégradation de panneaux à caractère religieux (14 cas).
Dans ce contexte, le nombre de familles qui choisissent de quitter la ville est également en augmentation . Il ne s’agit pas de décisions soudaines, mais plutôt de processus qui se sont mûris au fil du temps, sous le poids d’un quotidien de plus en plus difficile. L’insécurité, les difficultés économiques et les restrictions administratives renforcent le sentiment d’une érosion progressive des libertés. Le système de permis limite la mobilité des chrétiens palestiniens vers les lieux saints, tandis que les pressions économiques et les conflits relatifs aux biens de l’Église alimentent les tensions. Certaines institutions religieuses évoquent ouvertement une érosion démographique de la présence chrétienne. Dans ce contexte, on peut parler de « nettoyage ethnique à petite échelle » : une transformation graduelle qui affecte la composition sociale et religieuse de la ville.
Sur le plan politique, le climat semble de plus en plus marqué par une radicalisation des positions . Certaines tensions trouvent leur origine dans les courants les plus extrémistes du sionisme religieux, notamment dans des franges liées au kahanisme , un mouvement politique des années 1970 qui a parfois exprimé une vision exclusive de Jérusalem, comme un espace réservé uniquement à la population juive. Parmi les personnalités politiques de ce courant figure le ministre Itamar Ben-Gvir, partisan d’un système identitaire fondé sur une interprétation religieuse du droit et de l’État.
Dans ce contexte, le projet messianique de contrôle de la « Terre promise » est parfois placé au-dessus du droit civil, ce qui, selon plusieurs analystes, alimente un climat de légitimation des actions directes. Le gouvernement de Benjamin Netanyahu bénéficie également du soutien de ces forces politiques. Cette situation, selon diverses interprétations, contribue à créer un contexte perçu comme limitant à peine les manifestations d’intolérance. Non seulement la réponse institutionnelle apparaît souvent insuffisante, mais le silence ou la prudence sont interprétés comme des signaux ambigus.
Des informations récentes font également état d’incidents survenus durant la même période : alors que le patriarche Pierbattista Pizzaballa s’est vu interdire l’accès au Saint-Sépulcre pendant les célébrations de Pâques, des groupes extrémistes auraient commis des actes de profanation contre des sites religieux chrétiens et musulmans dans la Vieille Ville, les documentant et les diffusant impunément sur les réseaux sociaux“